
Marco Polo a toujours aimé le Rap de Brooklyn, Torae est le Rap de Brooklyn. Ensemble ils préparent Double Barrel, le premier buddy album en noir et blanc de l'histoire du Rap.

La géographie, la couleur, trois ou quatre tailles de t-shirt : tout les séparent, et pourtant ils se sont rencontrés. Le premier est un rital de Toronto, l'autre vient de Coney Island, aka le trou du cul de Brooklyn. Sur un banc de Fort Greene, un quartier « où pas un blanc ne foutait les pieds y a dix piges », ça chille et ça rigole sous la lumière crue de mars, un ciel d'un blanc absent.

Pete Rock, Premier et Buckwild n'ont que des mots sympas et des instrus gratuites pour Torae, d'ailleurs c'est avec lui que j'avais rendez-vous. Petite mine mais en avance, il jouait hier juste avant Keith Murray au Knitting Factory. La thune a déjà été claquée chez Macy's (le sac à l'étoile rouge est hors-cadre).
Après un petit-déj' à la mode hollandaise et une bonne heure de converse au Junior's de Flatbush Avenue, il propose de passer chez un pote producteur à Fort Greene, le quartier d'origine d'ODB et de Spike Lee.

La MTV crib de Marco Polo. Sur le mur auquel Torae s'appuie, notre hôte fait signer tous ceux qui passent par là : Sean Price, Large Pro, Masta Ace… C'est ici qu'il a produit et enregistré la totalité de Port Authority, son premier album : « On dirait pas, hein ? Tout le monde hallucine, j'ai très peu de matos ici ». Mais pas mal de métier aussi : à peine arrivé à New York, Marco se fait embaucher comme ingé-son au studio Cutting Room, « il a récupéré le job quand Just Blaze est parti chez Roc-A-Fella » précise Torae, frimant à la place de son pote.

Pour la photo, Torae pose dans la nouvelle cabine, pas encore aménagée (1). Marco me parle d'Aznavour, qu'il a repris sur son morceau avec OC, et passe en revue les disques qu'il a chopés la veille (2), les samples qu'il a retrouvés et ceux qui payeront le prochain loyer. Torae tend l'oreille et tape un rap sur son portable (3). Pendant que son pote joue à la MPC (4), il étudie les pochettes et discute le choix des samples, plus que j'aurais pensé. Avec un sourire de gosse, Marco abat sa carte maîtresse. Mais d'après Torae, « Hi-Tek a fait le même beat sur l'album du G-Unit ». La gueule de l'autre : il télécharge le titre et bloque sur la barre de lecture de sa défaite (5). Une heure plus tard, Torae s'arrête sur un beat encore brouillon et sort le texte qui va avec, « the rah-rah shit »... Marco s'excite et parle de brancher le mic :
« non mec, je passais juste dire bonjour, je t'avais dit que je bossais pas aujourd'hui... »



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