
Guest : Rocca
Titre : "Everybody's talkin'about the good old days"
Date : avril 2008
Lieu :(2ème étage de) l'épicerie Moderne, Feyzin
L'équipe : Nico - Groswift
Température : 16 °
Quel est le contexte dans lequel tu sors ton premier album solo, « Entre deux mondes » ?
On venait de sortir la compilation « Le vrai Hip Hop » et il y avait un morceau qui avait beaucoup plu à l’époque, « le Hip Hop mon royaume ». Daddy [Lord C] venait de rentrer dans une carrière de boxeur professionnel et les gars d’Arsenal sont venus me voir « Ecoute Rocca, va falloir que tu sortes ton album », alors que j’étais pas du tout sensé sortir mon album, en plus le Coup d’Etat Phonique venait de se séparer. « Ecoute y’a que toi qui peut sortir un album ». A ce moment là, j’ai dit « OK, on y va ». J’avais Lumumba, Gallegos [Jelahee, à l’époque], Chimiste aussi qui m’a fait des prods. On a commencé à travailler et j’ai bouclé les maquettes en un mois. Et l’enregistrement en une semaine. On dormait dans le studio, on était tous les jours au taquet. Moi j’avais déjà une idée de ce que je voulais faire, et on a élaboré, à partir de ça, avec les producteurs. Cet album a été fait dans l’urgence mais avec le savoir-faire d’un emcee qui savait ce qu’il allait faire. Tu sens la fougue dans l’album, on a la dalle. En studio, c’était des prises “one shot“. Les textes sont très spontanés, très durs. Très proche de ce que je vivais à cette époque là.
Ce projet, dans ces conditions, ça nécessite beaucoup de complicité avec les producteurs.
A cette époque là, il y avait vraiment une putain d’ambiance. C’était une vraie famille, on était contents d’être ensemble, tout le monde y mettait du sien. Je me rappelle que le dernier morceau qu’on ait enregistré c’est « Un Dernier jour sur terre » avec Raphaël. On s’est éclaté. Je savais que j’allais sortir une bombe, on le savait, et tout le monde le savait. D’ailleurs quand je suis sorti, j’ai mis tout le monde devant, c’était Rocca « Entre deux mondes » et La Cliqua, comme si c’était un album de La Cliqua, on était tous très proches… et très actifs. Tournées, concerts : on était toujours sur la route. J’étais dans le feu de l’action. Avec cet album on est allé au Festival de Montreux, c’est pas n’importe quoi…
les Francofolies, les plateaux télés, Nulle Part Ailleurs, les gros trucs… J’avais pas le temps d’analyser. Ce n’est que par la suite que j’ai sorti « La Fama » avec les trois thèmes : la renommée, la fama et le sommet. Les revers de médaille de la réussite…
Tu l’as vécu comment cette période ?
J’étais très jeune. Je devais avoir dix-neuf, vingt ans. Tu ne connais pas trop le business, tu te fais un peu entubé dans les cachets… En fait, tu ne comprends pas trop ce qui se passe, tu te prends tout en pleine poire. C’était mon premier album, je ne m’attendais à ce que « Les Jeunes de l’univers » rentre comme ça en radio, on ne pensait même pas en faire un single. On pensait que ce serait « Entre deux mondes », un titre plus dark, plus hardcore. Finalement ça été « Les Jeunes de l’univers », d’ailleurs si tu regardes bien, à cette époque là, j’ai été éjecté de la radio très rapidement parce qu’il y a eu une chanteuse qui s’appelle Lâam qui a repris ce sample, un mois après que le single prenne en radio. Elle a fait une reprise, moi je l’avais simplement samplé. Je me rappelle avoir écrit une lettre à la femme de Michel Berger, France Gall. Elle m’avait répondu très cordialement, elle était fière que de nouveaux artistes, issus de la rue, s’intéressent aux chansons de son mari. Elle m’avait accordé son sample. J’avais fait les trucs bien. Et tout à coup l’autre est arrivée avec le même morceau. Ils ont éjecté le mien. Tu vois la politique de la maison de disque… J’avais fait deux versions des « Jeunes de l’univers ». C’était pour un maxi, c’était l’époque. J’ai toujours été très maxi. Mais quand j’ai vu que les gens n’y prêtaient plus attention, j’ai lâché l’affaire. J’ai fait ma malle.
Gallegos et toi ça remonte à quand ?
Ca fait très longtemps, c’est un ami d’enfance… et jusqu’à l’heure d’aujourd’hui, il fait encore des sons pour moi. On a toujours crée un univers ensemble. On s’est connu au bahut, on était dans le même collège. Je me rappelle qu’il avait gagné des platines, des Vestax, à un concours de deejays à Issy-les-Moulineaux. Mais c’était pas le matériel haut de gamme (rires). Moi j’étais déjà rappeur et on était dans la même classe… alors on séchait les cours, lui à travailler son deejaying ; moi à travailler mon rap. On avait fait des groupes avant… et c’est lui qui m’a fait rentrer dans La Cliqua parce qu’il a fait les scratchs
“I gotcha“ du maxi « Les Jaloux ». C’est lui qui a dit « Ecoute j’ai un rappeur qui tue, il s’appelle Rocca, il est colombien ». Après il y a eu la soirée des « Dix ans du Hip Hop » avec Dee Nasty [Cf. Itw d’Aarafat dans Gasface 04] où on est monté sur scène. Et c’est ce jour-là que j’ai été officialisé. « Maintenant tu fais partie de La Cliqua » c’est Daddy qui me l’a dit (rires).
Et le groupe justement, comment a-t’il digéré le succès de ton solo?
Ba ça a fait des remous, bien sûr. En fait c’est surtout des gens de l’extérieur qui se sont mis un peu à parasiter la vie du groupe, à manipuler, à nous monter les uns contre les autres. Quand t’es artiste, ce qui t’importe, c’est surtout de sortir ton disque. Voilà… Maintenant, les gens disent que cet album est un “classique“… c’est pas moi qui le dit. Selon moi, on est arrivé au bon moment.



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